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dimanche 17 juillet 2016

Le Bernica, ou "Bassin Pigeons"


Un papangue, le plus gros rapace de la Réunion !


Des roses des bois. Ces fleurs ont la particularité d'avoir des pétales très épais, presque rigides, et ont la couleur du bois. Une fois cueillie, une rose des bois se fige et ne se flétrit pas. Autant dire que ces fleurs deviennent de plus en plus rares car les passants les cueillent et s'en servent pour leur déco. Les seules que j'ai pu voir étaient situées très en hauteur, où personne ne pouvait les attraper !



Après avoir marché le long du cours d'eau, il faut grimper à flan de falaise pour atteindre le belvédère donnant sur le bassin. Le chemin est assez étroit, escarpé, et vu la hauteur, mieux vaut ne pas glisser... La falaise nous offre de l'ombre et même des petites douches, car l'eau suinte de la roche poreuse. La végétation est dense et rafraîchissante, et le point de vue est vertigineux ! Le Bernica, ou communément appelé le "Bassin Pigeons", était le coin favori du poète Leconte de Lisle qui venait y trouver l'inspiration.



On peut aussi observer le bassin d'en bas, au ras de l'eau !


Un paille-en-queue, certainement le symbole le plus connu de la Réunion avec le margouillat (et la bière Dodo !). J'étais ravie d'en voir un d'assez près !

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Le Bernica



Perdu sur la montagne, entre deux parois hautes,
Il est un lieu sauvage, au rêve hospitalier,
Qui, dès le premier jour, n'a connu que peu d'hôtes ;
Le bruit n'y monte pas de la mer sur les côtes,
Ni la rumeur de l'homme : on y peut oublier.

La liane y suspend dans l'air ses belles cloches
Où les frelons, gorgés de miel, dorment blottis ;
Un rideau d'aloès en défend les approches ;
Et l'eau vive qui germe aux fissures des roches
Y fait tinter l'écho de son clair cliquetis.

Quand l'aube jette aux monts sa rose bandelette,
Cet étroit paradis, parfumé de verdeurs,
Au-devant du soleil, comme une cassolette,
Enroule autour des pics la brume violette
Qui, par frais tourbillons, sort de ses profondeurs.

Si Midi, du ciel pur, verse sa lave blanche,
Au travers des massifs il n'en laisse pleuvoir
Que des éclats légers qui vont, de branche en branche,
Fluides diamants que l'une à l'autre épanche,
De leurs taches de feu semer le gazon noir.

Parfois, hors des fourrés, les oreilles ouvertes,
L'oeil au guet, le col droit, et la rosée au flanc,
Un cabri voyageur, en quelques bonds alertes,
Vient boire aux cavités pleines de feuilles vertes,
Les quatre pieds posés sur un caillou tremblant.

Tout un essaim d'oiseaux fourmille, vole et rôde
De l'arbre aux rocs moussus, et des herbes aux fleurs :
Ceux-ci trempent dans l'eau leur poitrail d'émeraude ;
Ceux-là, séchant leur plume à la brise plus chaude,
Se lustrent d'un bec frêle aux bords des nids siffleurs.

Ce sont des choeurs soudains, des chansons infinies,
Un long gazouillement d'appels joyeux mêlé,
Ou des plaintes d'amour à des rires unies ;
Et si douces, pourtant, flottent ces harmonies,
Que le repos de l'air n'en est jamais troublé.

Mais l'âme s'en pénètre; elle se plonge, entière,
Dans l'heureuse beauté de ce monde charmant ;
Elle se sent oiseau, fleur, eau vive et lumière ;
Elle revêt ta robe, ô pureté première !
Et se repose en Dieu silencieusement.


Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-1894)